Le 29 mai 2026

Par Cécile Rossard

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D’abord, comme tout le monde « on n’a pas le temps »…

Des transformations motrices qui s’inscrivent dans un temps long

Les apprentissages moteurs bouleversent nos repères de terriens, nous projettent dans l’espace arrière, aquatique, vertical, renversé etc. et ce, dans une relation permanente à l’autre. Ces apprentissages demandent un temps long…

Le temps passe et à chaque action, une conséquence est visible. Impossible de passer des étapes. Emotions, coordinations, équilibres, écoute des sens, représentations spatio-temporelle… Un temps qui s’inscrit dans des échelles bien plus grandes que celles des horaires dédiées à l’EPS.

Une quête de compensation… infinie

En outre, 2-3 ou 4 heures par semaine pour « compenser » les effet d’un système scolaire qui prône l’épanouissement, mais repose essentiellement sur le cognitif, l’individuel, l’état statique, dans des espaces clos. Les effets d’un système où les corps, la respiration, le contact, le sourire… sont négligés, le temps pour aller aux toilettes chronométrés. Les effets d’un système scolaire régi par le souci de rentabilité, d’urgence, de rythmes homogènes, de méritocratie individuelle etc. On n’a pas le temps…

Pas plus le temps de lutter contre l’obésité, la sédentarité, le manque d’autonomie, le déclin des métiers manuels… pas le temps non plus pour la future élite sportive…

Pas le temps, parce que si jamais le système éducatif était sincèrement tendu vers de nouvelles boussoles… Il conviendrait de reconsidérer ce rapport même au temps, au corps, au vivant, loin du mille-feuille des disciplines. Et il faudrait que l’EPS ne soit pas le seul lieu pour garder le cap… L’espace extérieur, le corps, le mouvement, le relationnel, les émotions etc. pourraient trouver leur place dans d’autres espaces-temps. Mais pour l’instant, à 8h du matin ou en pleine digestion. « Quand c’est l’heure… c’est l’heure… »

Une réalité : on va en perdre…

Avant de faire de l’EPS « a proprement dit », il faut s’y rendre…

«  Aller vers… partager un temps de trajet… » Un temps informel encadré, très souvent, hors les murs. Des temps d’échange, d’observation, de collectif, d’apprentissage de codes sociaux (code de la route, usage civique pour saluer les agents publics, code de propreté, code de niveau sonore dans un espace public etc.). Le temps de prendre des nouvelles des un/es et des autres. De matérialiser le passage de l’avant à l’après. De s’aérer, de retrouver sa bulle parfois. Le temps de sortir de l’établissement. De s’extirper. D’être ailleurs, et peut-être différent. Le temps des vestiaires. Le temps de se montrer, de se cacher. Temps gagné, temps perdu ? Un temps certes souvent bien trop long dans nombre de cas, au regard des temps moteurs à suivre, mais un temps qui de fait, se vit. Avec l’enseignant dans les écoles et les collèges, seul.e ou entre paires au lycée.

Avant de faire de l’EPS « a proprement dit », il faut aménager les espaces en fonction des organisations pédagogiques souhaitées.

Monter des filets, mettre des plots, tracer des terrains, définir des lieux pour se rassembler… autant de temps à consacrer à cela. Educatif ou non éducatif ? Seul ou avec ? Descendant ou émergeant ? Calme ou sollicitant ? Et pendant ce temps, celui et celle qui ne font pas, il font quoi ? Et le prof dans tout ça ? Il prend son temps ? Il se dépêche ? Il délègue ? Il met en autonomie pour faire ? Il gagne du temps ? Il en perd ?

Avant, pendant… l’EPS, il faut définir des groupes, des rôles, des modalités d’interaction.

Tout le monde ne peut pas faire la même chose en même temps… Chaque engagement moteur engage une ou plusieurs modalités d’interactions. On évolue dans un groupe en passant par des rôles différents, des modalités de relation (Partenaire, adversaire, aide, observateur, arbitre, en repos…Seul ou avec dans un même espace partagé). On expérimente l’immédiateté de la relation dans le contact, sans possibilité de différer. On observe par l’autre, les conséquences de ses actes… On apprend de ce retour. On doit se baser sur le rythme du « moins expert » dans de nombreuses tâches. On se risque parfois à « l’élan vers », cette relation non maîtrisée. Autant d’apprentissages, d’adaptations, de traversées d’émotions plus ou moins plaisantes…

Et le prof dans tout cela ? Quel temps accordé au groupe, à ceux qui sont devant, derrière, arrêtés ? Comment naviguer dans cet ensemble dynamique, en perpétuel changement. La relation est inévitable, même dans les activités dîtes individuelles. Quasi aucune action ne peut se faire seul.e en EPS. Et chaque moment de la relation offre son lot d’incertitudes (y compris, dans des rôles d’observateurs, ne pas allumer le chrono à temps, un classique !…). Le prof jongle aussi, guidant bien souvent plus qu’il ne « gère », suscitant des propositions d’interactions entre pairs, suivies ou non…

Une occasion de prendre le temps, aussi court soit-il

Reconnaître que le temps des heures d’enseignement d’EPS ne suffiront pas à engager, vivre, consolider… des transformations, évolutions motrices, sensorielles etc. d’un jeune en plein développement. Acter de ne pas « avoir » le temps des idéaux contradictoires de la société, accepter de « perdre » du temps… Accompagner plus que gérer… Ne pas être dans une course aux programmes (au moins en école et collège). C’est peut-être une opportunité… Une occasion de réfléchir à l’absurdité de la finitude de ces quêtes et au poids de ces croyances. Une occasion de repenser ce que l’on y fait, dans ces intervalles de minutes, d’heures, de semaines, d’années… Une occasion de prendre le temps, de chercher, par et pour eux.