Le 18 septembre 2026

Par Cécile Rossard

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L’EPS est donc à la fois facilement vecteur de ces orientations, mais a aussi les leviers pour les questionner et proposer.

Reconnaître que le temps des heures d’enseignement de l’EPS ne suffiront probablement pas à engager, vivre, consolider… des transformations, évolutions motrices, sensorielles etc. d’un jeune en plein développement, mais le vivre pleinement. Acter de ne pas « avoir » le temps d’explorer, de réunir, les idéaux contradictoires de la société, mais les questionner. Accepter de « prendre » du temps… Ne pas être dans une course aux programmes (au moins en école et collège). C’est peut-être une opportunité… Une occasion de réfléchir à l’absurdité de la finitude de ces quêtes et au poids de ces croyances. Une occasion de repenser ce que l’on y fait, dans ces intervalles de minutes, d’heures, de semaines, d’années… Accompagner plus que gérer… Rencontrer et cheminer par et pour l’autre.

L’EPS peut s’appuyer sur une diversité d’activités physiques… Autant d’occasions de s’expérimenter dans le temps-l’espace-les relations.

L’on peut jouer et questionner ce qui oppose, ce qui pourrait réunir les différentes polarités, contrastes : vite/lent, synchroniser/ dissocier, stable/incertain, avec/contre, amplifier/diminuer, action/repos, dominant/dominé, meneur/suiveur… Comme en musique, vivre les rythmes différents, les silences, les respirations… Se laisser inspirer.

Naviguer entre la norme de la mesure exacerbée et la recherche aussi absolue de ressentis individuels.

S’autoriser à des formes plus justes et plus nuancées, des équilibres dans le déséquilibres, à des élans non contrôlés. L’ensemble des pratiques peut être support de cette exploration. Les activité artistiques, parfois encore oubliées des discours politiques (y compris ceux relatifs à l’EPS) sont par exemple un point d’appui particulièrement riches pour tendre vers l’émancipation des déterminismes liés aux motricités usuelles (travaux du DECREPS) et encourager la rencontre et la créativité. Que le jeune éprouve le plaisir de cette recherche, et de ce partage.

L’EPS en mettant les corps en jeu permet aussi de s’appuyer sur des traces tangibles de l’instant passé pour repenser action suivante dans le présent.

Etre à l’écoute du temps qui coule, en soi, autour de soi… De ces changements infimes ou perceptibles. Les capter par les différents sens, de la vue, l’ouïe, à la proprioception. On peut se référer à la mesure quantifiable permettant de classer, de comparer à des repères le plus souvent extrinsèques, ce qui est aussi nécessaire. Mais on peut aussi les associer à des des repères qualitatifs plus propices à développer cette sensibilité à soi, au monde et aux autres.

Le retour de l’action est direct et fait trace pour soi, pour l’autre, dans l’environnement. Une chute, un éclat de joie, une tête qui tourne, une respiration… les ajustements se font progressivement, dans l’exploration des tensions vitesse/précision, équilibre/déséquilibre, anticipation/coïncidence, action/réaction, vitesse/durée etc.

Expérimenter la répétition « encadrée », les formes de retours et la réversibilité

Chacun a le souvenir de ses apprentissages à vélo, de la natation, du ski… Combien la répétition, l’expérience qualitative, sécurisante, renouvelée, accompagnée, a permis les acquisitions. On ne qualifie pas d’erreurs les premières chutes à vélo, elles sont inscrites dans nos représentations comme partie prenante du processus d’apprentissage. Nous l’oublions trop souvent. De même que nous oublions que l’on n’a pas le jour suivant d’une descente sans chute, tenté de lâcher une main. On a recommencé, encore et encore, jusqu’à en rire, jusqu’à oser à nouveau chuter. Les apprentissages de conduites motrices s’inscrivent dans du temps long. Le corps, agité d’émotions, de mémoires, de possibles, prend son temps.

Les apprentissages, en offrant un cadre, un début et une fin, permet le rejeu. On remet le chrono à zéro, on replace les joueurs, on reprend avant la chute… Si la flèche du temps opère dans l’apprentissage, la situation est réversible. L’EPS offre aussi des occasions de s’entraîner à planifier, à se préparer à une échéance dans un temps relativement long.

Les acteurs de l’EPS se sont en ce sens assez vite questionnés sur les différentes formes d’évaluations. Quelles transformations est réellement visées ? (ex : grimper une voie, ou expérimenter la verticale ?). Sur les repères à apporter, entre repères intrinsèques et extrinsèques, sur la place des « feed-back, sur la notion de compétences, d’apprentissage spiralaire, sur la notion d’adaptation à un environnement incertain, sur le plaisir éprouvé également à vivre ces expériences nouvelles etc.

Permettre le temps long : l’AS par exemple

L’association sportive, autre temps proposé à côté de l’EPS permet également d’appréhender ces temps longs. Si l’acte engage, la prise de conscience de ses conséquences, par la formulation, la projection assumée, par et pour l’autre, devient engagement possible. L’activité est choisie, la présence volontaire, l’engagement est acté auprès des paires et de l’enseignant. Le temps des interactions construites, stables, entres jeunes d’âges différents, construisant ensemble un groupe d’appartenance, des liens de confiance, une histoire collective au travers des expériences de vie variées. Du temps pour apprendre, progresser, sans pression, au rythme choisi, un temps sans évaluation…

A l’image des clubs du « midi », des ateliers de pratiques artistiques, encadrées par les enseignants, ces espaces-temps pourraient prendre plus de place dans notre organisation scolaire (pas uniquement pour les CHAD, CHAM, CHAT…). Des opportunités en tous les cas pour imaginer faire vivre les « parcours » et visiter les différentes types d’expressions de l’enfant, notamment celles qui ne trouvent pas encore assez de place dans les temps scolaires. Des temps où les « Education à » n’ont plus à se choisir, à se prioriser, mais peuvent se croiser dans un même engagement. (Vivre à l’AS des problématiques égalité homme-femme, d’inclusion, de développement durable etc…)