Le 20 janvier 2026
Par Cécile Rossard
Qu’est-ce que le temps ?
Etienne Klein évoque « la notion de mouvement et d’irréversibilité.
En physique, le temps est posé a priori, il existe de lui-même. Le temps est ce qui garantit la présence du présent en permanence. Un présent renouvelé, mais toujours présent ».
Nous constatons rapidement que les questions qui nous occupent en éducation sont bien souvent, non pas celles de ce temps universel, mais, finalement celles relatives à notre appréhension de ce mouvement immuable et irréversible. Nous interrogeons nos quêtes associées pour « maîtriser » ce temps… afin de le « ralentir », le « fixer », le « rentabiliser », « laisser trace », « optimiser »… Il s’agit peut-être d’interroger ce qui, pour chacun, « matérialise » ce temps, lui donne une épaisseur, une vie. Comment ce temps occupe l’espace et réciproquement et comment, dans cette dynamique de succession d’instants, nous interagissons à l’autre, au monde… ?
Des normes en tension
La société s’organise autour de certaines normes, en tension, prise dans des polarités. Depuis plusieurs années, l’expression de ces normes temporelles semble se rigidifier. Le philosophe Christophe Bouton lors d’une intervention dans le cadre de la Convention citoyenne, évoquait les normes sociales du temps opérantes actuellement : la norme de la ponctualité et celle de l’urgence.
Dans ce contexte, l’école est souvent investie de deux rôles relativement contradictoires. Véhiculer ces normes permettant de sélectionner le « bon », « le méritant » pour la société, et préserver les jeunes des effets de ces mêmes normes (stress, mal-être, burn-out, rejet, arrêt…).
« Plus vite, plus fort, plus haut, plus loin… » Le temps est quelque chose à battre, à optimiser, à rentabiliser. Il faut se dépêcher de réussir… On trie les gens en fonction de leur rapport au temps. On maîtrise jusqu’au bout l’universalité du décompte… et la définition de la finalité.
Le système éducatif suit le mouvement. Un rythme commun, des temps maîtrisés, pour plus de rentabilité. On l’assigne d’y emmener tout le monde en masquant le plus longtemps possible le tri qui s’y opère, tout en prônant le regard critique sur les effets pervers de cette homogénéisation des réussites et course perpétuelle aux vainqueurs. Ne pas s’arrêter, ne pas faire de pause, ne pas contourner… sourire, un peu… et aller jusqu’au dépassement.
L’EPS au cœur de ces enjeux
L’EPS n’y échappe pas. La discipline est investie de ces urgences sur plusieurs plans. La référence sportive de certaines APSA support tend à mettre en exergue la performance et la recherche du gain. Un affichage d’autant plus d’actualité en temps de J.O… De l’autre côté, l’EPS est investie d’un rôle de modération de ces excès compétitifs et/ou de modélisation des corps, comme des excès de la passivité corporelle.
« Apprendre à se dépasser, puis à s’attendre en se soignant. Apprendre à dominer, puis à coopérer pour s’entraider… »
Ces pistes ouvrent un ensemble de rapport aux normes, comme le développe notamment Serge Tesevuide, qu’il est passionnant de regarder. Observer nos propres fonctionnements, nos rapports à ce « temps » et ces « phénomènes dérivés », notamment au sein du système éducatif, reflets des tensions sociétales.
L’EPS, en ce qu’elle mobilise les corps dans leurs dimensions « symbolique, culturel et social » en action, semble un bon reflet, de nos rapports au temps.
Lorsque l’on ne peut plus trop se réfugier au fond de la classe près du radiateur et attendre que le temps passe… Les excès se voient, s’entendent, se percutent… Les désynchronisations avec le temps du prof sautent aux yeux, aux oreilles… Les différences de vitesses se matérialisent en distance… Les changements de rythmes amènent débordement ou effondrement… Les croyances se confrontent à la réalité de nos gestes. Les étapes de l’enfance, de l’adolescence s’expriment dans la longueur de bras, la prise de poids, de muscle… Les rires et les colères explosent parfois… Il est difficile de les ignorer. Prend-on le temps de les observer ?